Nahawa Doumbia
Dotée d'un physique de petite fille mutine, Nahawa Doumbia fait partie des grandes chanteuses maliennes de renommée internationale. Elle est née à Mafélé, petit village proche de la frontière ivoirienne, et a été élevée à Bougouni (chef-lieu du Wassoulou, région située au sud de Bamako et riche d'une tradition musicale spécifique). Mais, au-delà des kilomètres qui peuvent séparer ces deux agglomérations, la petite Nahawa revient de bien plus loin. Sa mère est morte en la mettant au monde et son père, pris de folie et de douleur, a voulu enterrer ce bébé maudit à la naissance. Nahawa n'eut la vie sauve que grâce à l'intervention de sa grand-mère qui la recueillit. Mais, décidément, le destin semblait s'acharner sur ce nouveau-né puisque la vache de la grand-mère était trop âgée pour donner du lait. On trouva donc en catastrophe une autre vache pour nourrir l'enfant mais un orage éclata et la vache mourut, frappée par la foudre. La grand-mère de Nahawa fit alors le tour du village, quémandant du lait aux femmes qui venait d'accoucher. Sont-ce ces débuts dans la vie qui ont façonné le chant de Nahawa, toujours empreint de mélancolie ? On devine sans peine que l'histoire de sa naissance et de sa survie miraculeuse a dû lui être racontée un certain nombre de fois, lui forgeant une légende à l'âge où d'autres se contentent de faire leurs premières dents. Par la suite, son parcours est plus classique. Découverte par les agents du ministère de la Culture alors qu'elle chantait en groupe avec ses amis, elle participe aux "Semaines de la Jeunesse" à l'échelon local tout d'abord puis régional. En 1980, elle prend part à la "Biennale de la jeunesse" -qui se regroupait tous les deux ans à Bamako- et gagne avec Tinye De Be Laban. Forte de son succès, elle se présente alors au "Concours Découvertes" de Radio France International dont elle a été lauréate en 1981. Elle a réalisé une série d'enregistrements, mais c'est en revenant à une formule traditionnelle acoustique fidèle à la tradition musicale du Wassoulou (balafon, kamele, n'goni, guitares et percussions) que Nahawa Doumbia a gagné ses galons sur la scène internationale. Ses textes ont une dimension sociale, donnant des conseils sur la conduite à tenir ou commentant des évènements de la vie. C'est ainsi que dans la chanson "Yankaw" (sur l'album éponyme), elle s'adresse aux émigrés sans papiers face aux diverses vicissitudes imposées par l'administration française (pays où la communauté malienne émigrée est très forte). Bien qu'elle ne sache ni lire ni écrire, Nahawa Doumbia est l'auteur de la majeure partie de ses textes et de ses musiques. Elle puise son inspiration dans la vie de tous les jours, dans sa propre histoire comme miroir de la douleur du monde. Douleur qu'elle connaît malheureusement bien puisque, avant de devenir une chanteuse à succès, elle a travaillé pendant douze ans comme infirmière "parce que c'est important, expliquait-elle dans une interview accordée au magazine français Vibration, de soigner et d'aider les autres". Et, lorsqu'elle a un peu de temps, il lui arrive d'aller donner un coup de main à l'hôpital de Bougouni. Pour ne pas perdre le contact avec les gens, avec la réalité.
Magali Bergès
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